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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 09:54

Poésie du jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "le vent" proposé par

Jeanne Fadosi

 


LE VENT


Le vent essaie d’écarter les vagues de la mer. Mais les vagues tiennent à la mer, n’est-ce pas évident, et le vent tient à souffler… non, il ne tient pas à souffler, même devenu tempête ou bourrasque il n’y tient pas. Il tend aveuglément, en fou, et en maniaque vers un endroit de parfait calme, de bonace, où il sera enfin tranquille, tranquille.
Comme les vagues de la mer lui sont indifférentes ! Qu’elles soient sur la mer ou sur un clocher. ou dans une roue dentée ou sur la lame d’un couteau, peu lui chaut. Il va vers un endroit de quiétude et de paix où il cesse enfin d’être vent.

Mais son cauchemar dure déjà depuis longtemps.

Henri Michaux,  La Nuit remue, Gallimard

 

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 17:23

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "Mystère" proposé par M'ammette

 

IMG_0274.JPG

Quand nul ne la regarde

  La mer n’est plus la mer,

Elle est ce que nous sommes

  Lorsque nul ne nous voit.

 

  Elle a d’autres  poissons,

  D’autres vagues aussi.

 

  C’est la mer pour la mer

  Et pour ceux qui en rêvent

  Comme je fais ici.

 

  Si nul ne pense à moi

  Je cesse d'exister.

 


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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 11:58

Poésie du Jeuidi chez les Croqueurs de Mots , thème "Jeu, Jouer ou jouet"

 proposé par M'annett  

 

A quoi bon me fracasser,

dit l’oiseau sachant chanter

au chasseur sachant chasser Oiseau.jpg

qui voulait le fricasser.

 

Si tu me fais trépasser,

chasseur au cœur desséché

tu n’entendras plus chanter

l’oiseau que tu pourchassais.

 

Mais le chasseur très froissé

dit à l’oiseau tracassé :

Je n’aime pas la musique

et tire un coup de fusique.

 

Le chasseur manque l’oiseau

qui s’envole et qui se moque.

Le chasseur se sent bien sot,

et l’oiseau lui fait la nique.

 

Après tout, dit le chasseur,

j’aime beaucoup la musique.

Moi-z-aussi dit le siffleur

se perchant sur le fusique.

 

Extrait des nouvelles enfantasques, poèmes et collages, Gallimard - 1983

 

Claude Roy (1915-1997) est poète et humaniste. Une phrase à propos de lui par Catherine Réault-Crosnier dans la page qu'elle lui consacre :

"Chez Claude Roy, il y  a deux facettes, l'homme sérieux, le penseur philosophe et le poète rêveur qui veut rire de tout, jouer avec les mots comme dans "l'oiseau".

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 17:07

Jeudi en Poésie chez les " Croqueurs de Mots" thème "l'Infini" proposé par Catiechris

 

IMG 0078

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l'extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d'elle, dans ma pensée j'invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s'en faut
que le cœur ne s'épouvante.
Et comme j'entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l'éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m'est doux dans cette mer

 

Giacomo Leopardi (1798-1837) écrit « L’Infini » en 1819. Ce poème s’intègre dans son unique recueil de poèmes « Canti » (Les Chants).L’Infini met en jeu la mémoire, les sensations et l’imagination.
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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 14:03

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de mots, proposé par

Lilie-Norlane

 

Dans cet extrait, Christian Bobin s’adresse au  lecteur.

L’histoire que tu vis, celle de chaque jour, est simple, donc incompréhensible. Aucun  livre n’en fait mention, aucune lanterne de papier ne l’éclaire. Regarde. L’essentiel est dans ce que tu oublies et qui se tient devant toi. C’est par l’infime que tu trouveras l’infini, par ce calme regard sur l’ombre bleue, peinte sur une tasse de porcelaine blanche.

 

L’âme, sans doute, est imprégnée de cette couleur, ainsi que de lambeaux de vieux français et de chants anonymes, éternels comme l’aurore, celle qui chaque jour se lève.

 

Extrait de  «  Le Colporteur »  dans  L’enchantement simple   p 132  édité par             la NRF Poésie/Gallimard

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 09:21

 

 

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "Surprise" proposé par ABC

 

 

 novembre-10-159.JPG

 Je méditais, soudain le jardin se révèle

 Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle.

 Je le regarde avec un plaisir éclaté,

Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été !

Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie,

J’avance et je m’arrête, il semble que la joie

Etait sur cet arbuste et saute dans mon cœur !

Je suis pleine d’élan, d’amour, de bonne odeur,

Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame

Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris,

Que ce n’est pas ce pré, mais mon œil qui fleurit

Et que, si je voulais, sous ma paupière close

Je pourrais voir encor le soleil et la rose.

 

 

   In « Les éblouissements » -1907

 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 18:08

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de mots, thème "Partage" proposé par  Anne   

 

Pour ce partage, j'ai choisi ce poème, au ton léger et tendre, j'espère que vous l'aimerez aussi !

 

 

Emmanuel MALHERBET

Editions de l?Arbre 2004

 

 

Jeanne,

disait mon grand-père

ce qu'il faudrait vois-tu

ce qu'il faudrait

c'est changer l'auto

mais ma grand mère

ma grand mère disait

que puisqu'elle roule

et qu'elle va bien

mon grand père

mon grand-père disait

comme tu voudras

comme tu voudras

 

 

puis vint l'hiver

et le grand froid

et mon grand-père, rayonnant

il nous en arrive une belle

j'ai oublié de mettre

l'antigel

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 16:09

 Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "le repas" proposé par Anne Le Sonneur 

 

LE RENARD ET LA CIGOGNE

Compère le Renard se mit un jour en frais,
et retint à dîner commère la Cigogne.
Le régal fût petit et sans beaucoup d'apprêts :
Le galant pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La Cigogne au long bec n'en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là, la Cigogne le prie.
"Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. "
A l'heure dite, il courut au logis
De la Cigogne son hôtesse ;
Loua très fort la politesse ;
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout ; Renards n'en manquent point.
Il se réjouissait à l'odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande*.
On servit, pour l'embarrasser,
En un vase à long col et d'étroite embouchure.
Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un Renard qu'une Poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :
Attendez-vous à la pareille.

                      Livre I

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 14:03
Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "La Nuit" pour Lénaig

 

Saumur-Parc-octobre-020-copie-1.JPG   

Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d'étoiles vagabondes,
Et, pour entrer aux cavernes profondes,
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;

Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l'aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses trésors les prés enrichissait :

Quand d'occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
O fleuve mien ! une nymphe en riant.

Alors, voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d'un double teint colore
Et l'Angevin et l'indique orient.

 

                       Recueil L’Olive, sonnet LXXXIII

 

Biographie résumée :Joachim du BELLAY est né à Liré en Anjou en 1522 et mort à Paris en 1560. Sa famille s’est illustrée dans les armes, les lettres et la carrière ecclésiastique. Il fait la connaissance de Ronsard  en 1547, pendant ses études juridiques à Poitiers. Encouragé par celui-ci, il se consacre entièrement à la poésie, étudiant les lettres grecques et latines avec l’humaniste Jean Dorat. En 1549, il publie Défense et illustration de la langue française qui devient le manifeste d’un groupe de poètes présidé par Ronsard. Ce groupe d’abord intitulé la Brigade, deviendra la Pléiade. Cette même année, il publie le Recueil de sonnets L’Olive inspiré de Pétrarque dédié à Melle de la Viole. Après un séjour de quatre ans à Rome, de retour à Paris, il publie Les Antiquités de Rome qui exalte le passé de Rome et Les Regrets qui expriment sa nostalgie de la France. Il meurt d’épuisement à l’âge de 37 ans.

   

- Photo prise en Anjou, poésie extraite du site :

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/index.html

 

 

 

 

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 11:09

Poésie du jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "la Crêche de Noël" pour Tricôtine




Dans ses langes blancs, fraîchement cousus,
La Vierge berçait son Enfant-Jésus.
Lui, gazouillait comme un nid de mésanges.
Elle le berçait, et chantait tout bas
Ce que nous chantons à nos petits anges...
Mais l’Enfant-Jésus ne s’endormait pas.

Étonné, ravi de ce qu’il entend,
Il rit dans sa crèche, et s’en va chantant
Comme un saint lévite et comme un choriste ;
Il bat la mesure avec ses deux bras,
et la sainte Vierge est triste, bien triste,
De voir son Jésus qui ne s’endort pas.

« Doux Jésus, lui dit la mère en tremblant,
« Dormez, mon agneau, mon bel agneau blanc.
« Dormez; il est tard, la lampe est éteinte.
« Votre front est rouge et vos membres las ;
« Dormez, mon amour, et dormez sans crainte. »
Mais l’Enfant-Jésus ne s’endormait pas.

« Il fait froid, le vent souffle, point de feu...
« Dormez, c’est la nuit, la nuit du bon Dieu.
« C’est la nuit d’amour des chastes épouses ;
« Vite, ami, cachons ces yeux sous nos draps,
« Les étoiles d’or en seraient jalouses. »
Mais l’Enfant-Jésus ne s’endormait pas.

« Si quelques instants vous vous endormiez,
« Les songes viendraient, en vol de ramiers,
« Et feraient leurs nids sur vos deux paupières,
« Ils viendront; dormez, doux Jésus. » – Hélas !
Inutiles chants et vaines prières
Le petit Jésus ne s’endormait pas.

Et Marie alors, le regard voilé,
Pencha sur son fils un front désolé,
« Vous ne dormez pas, votre mère pleure,
« Votre mère pleure, ô mon bel ami... »
Des larmes coulaient de ses yeux ; sur l’heure,
Le petit Jésus s’était endormi.


                                                                       Alphonse DAUDET, Les Amoureuses.


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