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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 08:00

 

 

CÉRÉMONIE DU TROTTOIR



Le balayeur du dimanche
est celui qui ne ramasse plus les feuilles
et les feuilles ne sont pas mécontentes
d’avoir une journée de repos
pour s’allonger sur le dos
sur le tapis d’or d’octobre,

et la pelle du lundi
n’est pas mécontente, non plus,
de rester muette à sa place
bien au chaud dans son abri
en attendant sa tournée de pluie,

et le balayeur du dimanche
n’est pas fâché
que tout ce petit monde
prenne le temps de s’arrêter
pour regarder passer
le vol somptueux des oies blanches.

 

Dominique Sorrente

 

 

 

 

Edition le printemps des poètes 2015 :

L’insurrection poétique

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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 10:00

Rien ne sert de courir

 

Un grain de blé s’envola

en l’air loin de l’aire

un grain de blé voyagea

parcourant la terre entière

un oiseau qui l’avala

traversa l’Atlantique

et brusquement le rejeta

au-dessus du Mexique

un autre oiseau qui l’avala

traversa le Pacifique

et brusquement le rejeta

au-dessus de la Chine

traversant bien des rizières

traversant bien des deltas

traversant bien des rivières

traversant bien des toundras

dans son pays il revint

brisé par tant d’aventures

et pour finir il devint

un tout petit tas de farine

Pas la peine de tant courir

pour suivre la loi commune

 

 

 

Raymond Queneau, in Battre la campagne (1968),

© Éditions Gallimard, 1981, coll. Poésie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

source : http://www.reseau-canope.fr/tdc/fileadmin/docs/tdc_991_poesie/fiche_pedagogique_ecole.pdf

 

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:23

L’arbre

 

Perdu au milieu de la ville,

 

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

 

Les parkings, c’est pour stationner,

Les camions pour embouteiller,

Les motos pour pétarader,

Les vélos pour se faufiler.

 

L’arbre tout seul à quoi sert-il ?

 

Les télés, c’est pour regarder,

Les transistors pour écouter,

Les murs pour la publicité,

Les magasins pour acheter.

 

L’arbre tout seul à quoi sert-il ?

 

Les maisons, c’est pour habiter,

Les bétons pour embétonner,

Les néons pour illuminer,

Les feux rouges pour traverser.

 

L’arbre tout seul à quoi sert-il ?

 

Les ascenseurs, c’est pour grimper,

Les Présidents pour présider,

Les montres pour se dépêcher,

Les mercredis pour s’amuser

 

L’arbre tout seul à quoi sert-il ?


Il suffit de le demander

À l’oiseau qui chante à la cime.

 

 

 

Pour lire d'autres poésies de Jacques Charpentreaux

http://www.jacquescharpentreau.fr/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=7&Itemid=5

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 00:00

DSC00940

 

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

 

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,

Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

 

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,

Que des palais Romains le front audacieux,

Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

 

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,

Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,

Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

 

Joachim du Bellay (Liré, 1522 –Paris,1560)

recueil "les Regrets"publié en 1558

Avec Ronsard, il demeure le maître du sonnet.

 

 

 

photo : la Loire 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article programmé

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 08:02

Saint-Palais-Juin-Juillet-2014-Balade-Chenehutte-010.JPG

Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

 Charles Baudelaire

 


 

   Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots - Thème "Nostalgie" link  proposé par

Enriqueta  http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/

 

    Source du poème :http://fleursdumal.org/poem/321

 

 

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 20:42

    La nuit descend comme une fumée rabattue

    Je suis triste ce soir que le froid sec rend triste

    Les soldats chantent encore avant de remonter

 

    Et tels qui vont mourir demain chantent ainsi que des enfants

    D'autres l'air sérieux épluchent des salades

    J'attends de nouveaux poux et de neuves alertes

    J'espère tout le courage qu'il faut pour faire son devoir

    J'attends la banquette de tir

    J'attends le quart nocturne

    J'attends que monte en moi la simplicité de mes grenadiers

    J'attends le grog à la gnole

    Qui nous réchauffe

    Dans les tranchées

    La nuit descend comme une fumée rabattue

    Les lièvres et les hases bouquinent dans les guérets

 

    La nuit descend comme un agenouillement

    Et ceux qui vont mourir demain s'agenouillent

    Humblement

    L'ombre est douce sur la neige

    La nuit descend sans sourire

    Ombre des temps qui précède et poursuit l'avenir

 

                                        Guillaume Apollinaire

 

 

 

Apollinaire, sous-lieutenant dans l'infanterie, fut frappé à la tempe par un éclat d'obus en mars 1916 et dut être trépané deux fois.  Il mourut de la grippe, dite espagnole, en novembre 1918. 

 

 

http://www.toutelapoesie.com/poemes/apollinaire/l_assassin.htm

 

 

 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 08:23

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "casse-tête ou libre" proposé par Tricôtine, notre Capitaine, centième de ce jeudi en poésie en hommage à Brunô, créateur de la Communauté

 

bresil3-279.JPG

 

 

Je ressemble au torrent dont la course rapide

Se dérobe à soi-même et s’enfuit loin de soi.

Je suis de l’univers le tyran et le roi

Et de tous les humains le père et l’homicide.

 

Les forces de Milon et les forces d’Alcide

Ont tenté vainement de s’opposer à moi.

Les superbes Césars ont fléchi sous ma loi,

Et je n’entreprends rien que le ciel ne me guide.

 

Tout cède à mon pouvoir par force ou par amour ;

La lune et le soleil font la nuit et le jour,

Afin d’entretenir ma puissance suprême.

 

Fils aîné de nature, et ministre du sort,

Je conduis dans le monde et la vie et la mort,

Et, comme le Phénix, je renais de moi-même.*

 

 

*Le mot de cette énigme est le Temps.

 

 

Charles Cotin souvent appelé l’abbé Cotin, né et mort à Paris (1604-1682) est un homme d’Eglise et poète français.

 

L’énigme est le nom général de trois sortes d’amusements littéraires très goûtés à certaines époques : l’énigme proprement dite, la charade et le logogriphe. Tous les trois offrent un mot à deviner, mais ouvrent à l’esprit qui le cherche des voies différentes.

 

L’énigme définit l’objet même du mot proposé en termes obscurs qui, réunis, ne conviennent qu’à lui seul, mais dont chacun désigne en même temps un objet différent.

Ces jeux d’esprit eurent une telle vogue au XVIIe siècle, qu’on publia un "Recueil des énigmes de ce temps" (Paris, 1646 ; Lyon, 1648) ; l’abbé Cotin avait mérité le surnom de Père de l’Enigme.

 

 

 J’ai plaisir à republier cette page.

 

     

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 20:17

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de Mots, thème "la chemise" proposé par ABC

 

 

La Bonne Soirée

 

Quel temps de chien! - il pleut, il neige;
Les cochers, transis sur leur siège,
Ont le nez bleu.
Par ce vilain soir de décembre,
Qu'il ferait bon garder la chambre,
Devant son feu !

A l'angle de la cheminée
La chauffeuse capitonnée
Vous tend les bras
Et semble avec une caresse
Vous dire comme une maîtresse,
« Tu resteras ! »

Un papier rose à découpures,
Comme un sein blanc sous des guipures
Voile à demi
Le globe laiteux de la lampe
Dont le reflet au plafond rampe,
Tout endormi.

On n'entend rien dans le silence
Que le pendule qui balance
Son disque d'or,
Et que le vent qui pleure et rôde,
Parcourant, pour entrer en fraude,
Le corridor.

C'est bal à l'ambassade anglaise;
Mon habit noir est sur la chaise,
Les bras ballants;
Mon gilet baille et ma chemise
Semble dresser, pour être mise,
Ses poignets blancs.

Les brodequins à pointe étroite
Montrent leur vernis qui miroite,
Au feu placés;
A côté des minces cravates
S'allongent comme des mains plates
Les gants glacés.

Il faut sortir ! - quelle corvée !
Prendre la file à l'arrivée
Et suivre au pas
Les coupés des beautés altières
Portant blasons sur leurs portières
Et leurs appas.

Rester debout contre une porte
A voir se ruer la cohorte
Des invités;
Les vieux museaux, les frais visages,
Les fracs en coeur et les corsages
Décolletés;

Les dos où fleurit la pustule,
Couvrant leur peau rouge d'un tulle
Aérien;
Les dandys et les diplomates,
Sur leurs faces à teintes mates,
Ne montrant rien.

Et ne pouvoir franchir la haie
Des douairières aux yeux d'orfraie
Ou de vautour,
Pour aller dire à son oreille
Petite, nacrée et vermeille,
Un mot d'amour !

Je n'irai pas ! - et ferai mettre
Dans son bouquet un bout de lettre,
A l'Opéra.
Par les violettes de Parme,
La mauvaise humeur se désarme,
Elle viendra !

J'ai là l'Intermezzo de Heine,
Le Thomas Grain-d'Orge de Taine,
Les deux Goncourt,
Le temps, jusqu'à l'heure où s'achève
Sur l'oreiller l'idée en rêve,
Me sera court.

 

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 18:47

 

De ma vie

Je n'ai jamais vu

plus beau visage

que sa voix

 

Angèle Vannier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 23:23

Poésie du Jeudi chez les Croqueurs de mots- thème "Parler moi d'amour" proposé par Lilou

 L-amour-sorcier---choregraphie-Raphael-Aguilar-1977.jpg

Au clos de notre amour, l’été se continue :
Un paon d’or, là-bas, traverse une avenue ;
Des pétales pavoisent
- Perles, émeraudes, turquoises -
L’uniforme sommeil des gazons verts
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges ;
Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur ;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d’argent vibrent au long des treilles.

 

L’air est si beau qu’il paraît chatoyant ;
Sous les midis profonds et radiants
On dirait qu’il remue en roses de lumière ;
Tandis qu’au loin, les routes coutumières
Telles de lents gestes qui s’allongent vermeils,
A l’horizon nacré, montent vers le soleil.

 

Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d’aussi pure clarté.
Et c’est la joie unique éclose en nos deux âmes,
Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.

Emile Verhaeren  

 

 

Source photo : L'amour sorcier, chorégraphie Raphaël Aguilar (1977) Gallica BNF 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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