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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 15:33

  Jeudi en Poésie "les Croqueurs de Mots" : Dans le poème "les ombres" Anna de Noailles imagine ses rencontres dans l'au-delà avec "ses dieux" qui l'ont accompagnée dans l' écriture.

Anna-Elisabeth, comtesse de Noailles par Philip Alexius de László, 1913

 

Quand ayant beaucoup travaillé
J’aurai, le cœur de pleurs mouillé,
 Cessé de vivre,
J’irai voir le pays où sont
Tous les bons faiseurs de chansons
  Avec leur livre.


Chère ombre de François Villon
Qui, comme un grillon au sillon,
 Te fis entendre,
Que n’ai-je pu presser tes mains,
Quand on voulait sur les chemins
Te faire pendre.

Verlaine qui vas titubant,
Chantant et semblable au dieu Pan
Aux pieds de laine,
Es-tu toujours simple et divin,
Ivre de ferveur et de vin
 Bon saint Verlaine ?


Et vous dont le destin fut tel
Qu’il n’en est pas de plus cruel
  Pauvre Henri Heine,
Ni de plus beau chez les humains,
Mettez votre front dans mes mains,
Pensons à peine.


Moi, par la vie et ses douleurs,
J’ai goûté l’ardeur et les pleurs
 Plus qu’on ne l’ose…
Laissez que, lasse, près de vous,
O mes dieux si sages et fous,
 Je me repose…

                          

 

                                     L’ombre des jours  (1902)



Photo, source Wikipédia : Anna-Elisabeth, comtesse de Noailles par Philip Alexius de Laszlo, 1913

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 10:47


Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit.
C'était un Espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu'à moitié,
Et qui disait : - A boire, à boire, par pitié! -
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit - Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. -
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de Maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant : Caramba!
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
- Donne-lui tout de même à boire, dit mon père

Victor Hugo - La Légende des siècles

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 10:13



Moi dans l'arbre


T'es fou
Tires pas
C'est pas des corbeaux
C'est mes souliers

Je dors parfois dans les arbres





                                                    
                                                           (Archiviste du vent)

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 17:15

 Le soir

                     Le monde est creux
                  A peine une lumière 
 L’éclat d’une main sur la terre 
 Et d’un front blanc sous les cheveux
 Une porte du ciel s'ouvre
                           Entre deux troncs d’arbre
 Le cavalier perdu regarde l’horizon 
               Tout ce que le vent pousse
               Tout ce qui se détache 
                                  Se cache 
                           Et disparaît 
                           Derrière la maison 
 Alors les gouttes d’eau tombent 
 Et ce sont des nombres
                           Qui glissent 
              Au revers du talus de la mer 
 Le cadran dévoilé
 L’espace sans barrières 
         L’homme trop près du sol 
         L’oiseau perdu dans l’air

 


          (Cœur de chêne, in Plupart du temps, poèmes, 1915-1922)





Pierre Reverdy (1889-1960)

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 17:21

Par les tiges souples du feu
je connais le vent cru
                                         l’Ouest

Je vois par un ramier
j’entends par un renard

Le chat m’ouvre un été

la tulipe un soleil

Par les lèvres vertes de l’eau

et par le corps heureux des pierres
je connais l’issue et l’entrée :
                une population d’oiseaux
                    une mouche dont je suis l'aile


                                          (Demain la veille, 1977)

Luc BERIMONT (1915-1983) « Auteur de plus de vingt recueils de poèmes, membre, dès 1941 de l’école (buissonnière) de Rochefort, avec Cadou, romancier, homme de radio, il est né à Magnac-sur-Touvre, en Charente"


Pour Bruno "Les Croqueurs de mots"
Jeudi en Poésie

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 12:52



EXISTER


L’heure

L’heure où l’enfant s’arrêtait

de jouer avec des coquillages

étincelait de futur

les valves au-dedans lisse

gardaient l’odeur de la mer

l’on entendait hacher

pour les bêtes les herbes amères

les mouches sur les mots

du calendrier des jours

se posaient entre les murs étanches

et la phrase

se détachait d’entre les lèvres

livrant à l’espace des ondes éternelles.

                               (Exister, suivi de Territoires, 1969)

Jean Follain (1903-1971)

« Plus que tout autre, il a fait le temps prisonnier dans son poème, Un temps prisonnier de l’enfance dans le bourg de Canisy, avant la guerre de 1914. Une sorte de fausse indifférence dans la comptabilité des choses, Avec une lumière d’humilité, un besoin de paix. Une liturgie du détail, où seul le détail conduit à l’universel. »

Pour Brunô,  " les Croqueurs de Mots", Jeudi en Poésie

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 19:32

Puisqu’elle tient parfois dans le bruit de la mer

Ou passe librement par le trou d’une aiguille

Aussi bien qu’elle couvre une haute montagne

Avec son tissu clair,

 

Puisqu’elle chante ainsi que le garçon, la fille,

Et qu’elle brille au loin aussi bien que tout près,

Tantôt bougie ou bien étoile qui grésille

Toujours sans faire exprès,

 

Puisqu’elle va de vous à moi, sans être vue,

Et fait en l’air son nid comme sur une plante,

Cherchons-la, sans bouger, dans cette nuit tremblante

Puisque le moindre bruit, tant qu’il dure, la tue.

 

Les Amis inconnus

 

Jules Supervielle

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 17:13




En tirant sur sa cigarette
Il aspire bien des choses
Des arbres un phono
Un rasoir des bretelles
Un soir qu'il avait du vague-à-l'âme
Il a aspiré une cathédrale
C'est ainsi qu'il devient bedeau



                            
Paul Vincensini (1930-1985) (Archiviste du vent, 1986)



                                                







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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 19:21

 

Un pauvre petit grillon
Caché dans l'herbe fleurie,
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L'insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L'azur, la pourpre et l'or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n'ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l'on m'ignore ici-bas :
Autant vaudrait n'exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets servent à l'attraper ;
L'insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d'efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

 

Fables Livre II
Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794)

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 15:08



Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy la qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son age!

Quand revoiray-je, helas, de mon petit village
Fumer la cheminee, et en quelle saison,
Revoiray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup d'avantage?

Plus me plaist le sejour qu'on basty mes ayeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine:

Plus mon Loyre Gaulois, que le Tybre Latin,
Plus mon petit Lyré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur Angevine.







         

   
 
   


 
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