Normandie, récits, témoignages

Mercredi 29 octobre 2008 3 29 /10 /2008 16:25
          

"J’ai 10 ans en 1939 à la déclaration de la guerre, j’habite à Rouen.

Mon père obtient un important chantier à Azay le Rideau, et en 1940, au moment de l’exode, il décide de nous emmener avec lui à  Azay.Je quitte notre appartement près de la cathédrale et découvre avec bonheur les très belles forêts autour de la ville et surtout la cueillette des champignons. Nous en ramassons beaucoup mes frères et moi, et ma mère et ma grand-mère les enfilent sur un fil. pour les faire sécher ; l’hiver, nous avons des champignons dans le rizotto !

 

A notre retour, je rentre au lycée, le lycée des filles est occupé par les allemands. Le lycée de garçons est divisé en scolarité pour les garçons le matin, et scolarité pour les filles l’après-midi. Nos conversations dans les pupitres  où nous trouvons des petits mots, consistent à deviner quel était l’occupant du matin !

 

Mon père était suisse et nous avions la double nationalité. Les sœurs et frères de mon père firent la demande auprès de la Croix Rouge pour que nous puissions venir en Suisse.

Mes frères et moi , y avons habité trois mois en 1942, trois mois en 1943, et après le terrible bombardement de 1944, nous y sommes restés trois ans.

 

Le voyage en Suisse est un grand périple. Ma mère nous accompagne de Rouen à Paris, le train s’arrête sans cesse, il faut descendre et prendre un autre train. Le lendemain, nous avons rendez-vous à la Croix Rouge. La séparation avec ma mère est très émouvante. Le train s’arrête longtemps à la frontière, jusqu’au contrôle des Allemands.

Arrivés à Genève, les enfants sont logés dans un beau bâtiment de la Société des Nations , situé au-dessus de la ville. Puis les enfants sont répartis selon les cantons suisses et entament la dernière partie du voyage. Ce sont les premières montagnes couvertes de neige, et nous sommes émerveillés, après le Gothard, le paysage change totalement, sous le soleil, les fleurs, la verdure, c’est le Tessin. Notre tante nous attend à Bellizona.

Avec la famille très chaleureuse,  une vie de rêve et de liberté commence. Les promenades au bord du lac Majeur, l’atmosphère joyeuse des terrasses de café égayées d’orchestre m’éblouissent.  J’ai 14 ans."


 Récit d'après témoignage 


 

Par Alice - Publié dans : Normandie, récits, témoignages - Communauté : papierlibre
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Lundi 22 mai 2006 1 22 /05 /2006 15:07


La Seine à Rouen La Seine à Rouen par Claude Monet en 1872
"Nous venions de sortir de Rouen et nous suivions au grand trot la route de Jumièges. La légère voiture filait, traversant les prairies ; puis le cheval se mit au pas pour monter la côte de Canteleu.
C'est là un horizon les plus magnifiques qui soitent au monde. Derrière nous Rouen, la ville aux églises, aux clochers gothiques, travaillés comme des bibelots d'ivoire ; en face, Saint-Sever, le faubourg aux manufactures, qui dresse ses mille cheminées fumantes sur le grand ciel vis-à-vis des mille clochetons sacrés de la vieille cité.
Ici la flèche de la cathédrale, le plus haut sommet des monuments humains ; et là-bas, la "Pompe à feu" de la "Foudre", sa rivale presque aussi démesurée, et qui passe d'un mètre la plus géante des pyramide d'Égypte.
Devant nous la Seine se déroulait, ondulante, semée d'îles, bordée à droite de blanches falaises que couronnait une forêt, à gauche de prairies immenses qu'une autre forêt limitait, là-bas, tout là-bas.
De place en place, des grands navires à l'ancre le long des berges du large fleuve. Trois énormes vapeurs s'en allaient, à la queue leu leu, vers Le Havre ; et un chapelet de bâtiments, formé d'un trois-mâts, de deux goélettes et d'un brick, remontait vers Rouen, traîné par un petit remorqueur vomissant un nuage de fumée noire."
 
Emma Bovary - Gustave Flaubert

 

www.sportnat.com

Après l'extrait du roman de Flaubert, et de sa chère Emma... je vous invite à franchir la passerelle vers le récit biographique de ma famille.

 

La ville de Rouen est un berceau pour développer les cris.

 

Alice a une vie rituelle. Elever ses trois enfants ne se fait pas sans mal. Parmi la multitude de tâches de la vie ordinaire, elle déteste comme ce matin, monter au grenier pour étendre les lourds draps et puis les redescendre plus tard pour le repassage. Son mari a la corvée du charbon tous les jours. Des allers-retours à la cave avec les seaux de charbons ponctuent ses fins de journée.

 

A Calais, elle restait toute la journée à l’intérieur, assise près de la fenêtre avec sa pièce de dentelle. A Rouen, elle retrouve sa place près de la fenêtre, quand elle en a fini des travaux domestiques, de la comptabilité, des rendez-vous chez les clients pour établir les devis.

 

Les bruits de la rue commerçante accompagnent ses points de broderie le soir.

 

Comme tous les jours, elle descend à onze heures pour faire ses courses, le son des cloches ouvre son départ.

 

Dans le quartier de la Basse Vieille ville, les marchands de draps s’affairent auprès de leurs clientes. En marchant le long des maisons aux pans de bois, Alice réfléchit au patron de la veste qu’elle veut dessiner sur ce beau drap bleu.

Martelant les pavés de son pas vif, elle entre dans les allées colorées du marché, où elle choisit de belles tomates. Sur la place du Marché aux fleurs, elle ne manque pas de tourner la tête vers la statue de Flaubert qui lui donne chaque jour un sourire amical.

 Les aiguilles de la cathédrale menacent les nuages ce matin-là, et elle se hâte d’entrer chez le boucher. Sous les coups répétés, les morceaux d’osso-buco s’alignent, Alice en prend deux de plus, car son  mari développe un solide appétit.

 Elle  achète des places pour emmener les enfants au cirque Rancy, elle leur dira ce soir, et se réjouit de leurs joies.

 En bas de la rue Jeanne d’Arc, la Seine a  sa teinte gris bleu habituelle. Les cargos énormes rangés près du quai se reposent des longues traversées.

Alice n’a jamais voyagé à l’étranger. Mais elle vit avec un étranger. L’accent italien, les maladresses de langage, lui rappelle sans cesse l’homme d’ailleurs. Et puis , il lui raconte les montagnes du Tessin, les maisons aux toits de pierre, la rivière où il se baignait et péchait.

 

Elle avait aimé tout de suite cette grande famille. Elle ne les connaissait pas,  mais tous  témoignaient de l’amitié pour elle et ses enfants.

 

A Noël, les chocolats de Suisse, étaient dégustés avec vénération plus pour ceux qui les lui avaient adressés que pour la friandise.

Les cloches de la cathédrale sonnent les douze coups,  il est temps de rentrer.

 Alice

 

 

 

 

Par Alice.L - Publié dans : Normandie, récits, témoignages
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Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /2006 17:34

Suite de l'épisode "du radiateur"

 

Laure surveille la maisonnée. Avec sa sévérité, son intransigeance, elle gouverne la famille : Alice sa fille, les trois enfants, son mari Antoine. 

 

Antonio Bianchi a quitté  à  l’âge de quatorze ans son pays natal. : la Suisse italienne. Cet homme trapu, fort, a la bonhomie de celui, issu d’une famille nombreuse. Homme accueillant, jovial, il s’est vite adapté à la France et a appris son métier de chauffagiste avec enthousiasme. 

 

L’installation du chauffage et de l’eau chaude dans l’appartement ont amélioré ses relations avec sa belle-mère. Pendant un temps, elle lui reconnaît une certaine utilité. La nature souple d’Antoine reçoit sans sourciller la sévérité de celle (il le devine)  qui a gardé une forte rancœur à l’encontre des hommes. 

 

La mère et sa fille cousent tous les vêtements de la famille, robes, pantalons, chemises, chapeaux…Alice ne dit rien, elle obéit à sa mère. 

 

Antoine a de nombreux chantiers et s’affirme dans son travail. Courageux, enthousiaste, il ne veut pas en rester là.

Le soir, il étudie les plans des installations de chauffage, Alice, près de lui, suit du doigt les circuits compliqués.

Il achète une machine à écrire, une Remington, une machine à calculer, Alice apprend à taper à la machine, à rédiger les devis, les factures.

Il se met à son compte : artisan chauffagiste. Alice devient son bras droit. Laure occupe sa place de grand-mère.

Alice

Par Alice.L - Publié dans : Normandie, récits, témoignages
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Dimanche 12 mars 2006 7 12 /03 /2006 18:19

 

 the magpie by claude monet

 Claude Monet - La pie - (1869) Musée d'Orsay

 

Par la fenêtre, le givre sur les toits annonce une nouvelle journée d'hiver,  sans soleil. L'appartement, orienté  Nord,  ne reçoit guère de lumière. La bonne odeur de  cire qui saisit à l'entrée de la pièce, atténue la sensation de froidure.  

 

Les deux femmes assises autour de la table, soufflent sur leurs tasses de thé brûlant, leurs doigts s'imprègnent de la chaleur. 

 

Ce rituel accompli, comme tous les jours à seize heures, la plus jeune se lève, resserre son châle autour d'elle, et d'un pas raide va laver les tasses. Un frisson la saisit quand l'eau glacée coule entre ses doigts. La plus âgée, recroquevillée dans son fauteuil, saisit sa broderie. L'aiguille traverse brusquement l'étoffe, elle pique le tissu roide à petits coups rapides. 

 

Dans la pièce silencieuse, les deux femmes apprivoisent le froid, toutes à leur ouvrage. 

 

Le soir tombe, il est temps d'arrêter. Le feu de la cheminée menace de s'éteindre. La plus âgée ajoute les précieuses bûches. Celles de la nuit. 

 

Près de l'âtre, il est bon de se détendre, de laisser les corps absorber la douce chaleur. Dehors, les toits blanchissent, la température continue de descendre. 

 

Assises, détendues, des frémissements d'aise laissent deviner leurs pensées joyeuses. Comme si le courant passait de l'une à l'autre, leurs songes se rejoignent. 

 

Le radiateur, objet de leurs pensées, est mesuré, palpé, caressé, frotté. 

 

-         Ils viennent demain dit la plus âgée !

-         Oui, demain, à huit heures, ils commencent par l'entrée !

-         Et puis la cuisine, reprend la mère,

-         La cuisine et ensuite la chambre, rassure sa fille

-         Mais, combien de temps dure l'installation, s'inquiète la mère

-         Quelques jours, ce ne sera pas très long dit sa fille. 

 

Par la fenêtre, le givre sur les toits annonce une belle journée d'hiver. 

 

Les deux femmes chuchotent à voix basse, leurs mains habiles travaillent vite. Déjà, le papillon brodé apparaît. 

 

La mère se cale plus droite dans son fauteuil, pendant que sa fille lui offre le thé de seize heures. Celle-ci se lève pour laver les tasses, et prolonge le bienfait de l'eau chaude sur ses doigts. 

 

Sa mère sourit,  enlaçant sa fille, l'entraîne encore une fois vers "l'extraordinaire" radiateur.

                                                                                                                                                    

 

 

 

 Alice

Par Alice.L - Publié dans : Normandie, récits, témoignages
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