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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 10:43
(Extrait de Mots-Passions)

Cette même année de 1648, c'est aussi la signature d'un traité, ou
plutôt de traités qui jetteront les bases de l'Europe pour un siècle et demi. Un beau succès pour Mazarin, cette charte pour de l'Europe ! Mais dont personne ne lui sera reconnaissant.

Qui se rappelle avoir lu ce titre dans ce même livre d'histoire, "Traités de Westphalie, une charte pour l'Europe pour cent cinquante ans !"

 Et pourtant, pourtant, ce fut long, très long avant de voir aboutir les négociations. Imaginez donc ! Rencontres et conversations ont commencé dans deux villes de Westphalie (eh oui, on négociait mais pas tous dans la même ville, protestants et catholiques ne voulaient pas se côtoyer), l'on négociait donc depuis 1641 !  Sept ans de pourparlers, sept ans de diplomatie, sept ans de réunions et réceptions.

 Jamais l'histoire n'a connu pareille lenteur de la diplomatie. L'historien Ernest Lavisse écrit :" les salutations et les visites, la solennelle hâblerie des harangues, le pédantisme inépuisable des juristes, la table ouverte des grands personnages, les mangeries et les buveries énormes, tout le cérémonial où les grands et les petits orgueils se rengorgeaient", cela occupait des jours et des jours.

  Alors, alors … - eh oui, j'y arrive, car vous vous doutez bien que j'ai une bonne raison de vous raconter tout cela-, alors donc non seulement nos livres d'histoire auraient dû nous en parler plus que de la Fronde peut-être,  mais aussi nos livres de français ! Car toutes ces manifestations décrites par Lavisse, toutes ces choses qui ont "précédé" le temps de la  rédaction et celui de la signature du  traité, ont laissé une trace dans notre vocabulaire … celui de *préliminaires* !

  */Préliminaires/*, un mot qu'on est allé chercher dans le dictionnaire de bas latin /praeliminaris/, mot composé. de /prae/ , /avant/ et de /liminaris/, /liminaire/. Mais allons plus loin ! Le latin, /limen/, signifie /seuil/ /de la maison/. Ce qui est /liminaire/ est ce qui est /relatif au seuil/, donc à l'entrée, ce qui est /avant/. Alors imaginez ce que pouvaient être les */pré-liminaires/* ! :))) Avant l'avant ! Les latins rattachaient /limis, seuil /à /limes/,/limitis/,/chemin bordant le domaine/, d'où /limitatio/, /limite/. D'où les /Limes/ dont nous parlions suite à une question de Pierre il y a quelques temps, ce nom donné par les Historiens modernes aux  fortifications établies le long de certaines frontières de l'Empire.

  De ce latin /limen/, /seuil, /les Anglais ont fait /liminal,/ passé en langue française dans le domaine de la psychologie. Ce qui est /liminal/ est ce qui /est au niveau du seuil/, ce qui est à peine perceptible. Un message /subliminal/, sera, lui, /en-dessous/ (/sub/) du seuil de la perception consciente !

  Et pour finir, jouons un peu, voulez-vous ? S'il en est qui franchissent le seuil, il en est d'autres qui en sont rejetés. Rejetés, loin de … en latin, idée rendue par la préposition /e(x)/ … alors je vous laisse deviner le verbe latin passé en français … Vous avez trouvé ? Très bien, nous vous vous gardons parmi nous pour continuer à jouer, mais si ce n'est pas le cas, alors, dehors, loin d'ici, loin du seuil, vous êtes ... éliminés :))) Isabelle qui a réouvert pour vous ce soir "Histoire de la France et des Français ",d'A. Decaux et A. Castelot. et bien sûr le" Dictionnaire étymologique de la langue latine", d'A. Ernout et A. Meillet.



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A lire sur le même thème :

- Mazarinades : La Fronde des Mots de Christian Jouhaud, édition Aubier - Collection Historique



Par Alice - Publié dans : A l'origine
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 15:17
Mais qu'était-ce donc qu'être "heureux" pour les latins ?  d'être "joyeux" ? d'être, dans leur langue, laetus... un adjectif latin "courant" qui n'a pas laissé de.. petit dans notre français actuel. Du moins de petit adjectif, car on en trouve encore  la trace dans le nom "liesse"... et il a vécu en ancien français  sous la forme lié ( ou lie dans chère lie )
Si l'adjectif  contentus (content ) exprimait  l'idée d'avoir tout ce qu' un être humain peut espérer pour l' "emplir " , le satisfaire ; si le nom gaudium exprime la joie, dans la désignation de son éclat, de son rayonnement, qu'exprimait donc cet adjectif laetus ?
Cet adjectif est un mot des champs ! Il peut, dans son sens propre, être traduit par "gras" ! Un beau mot que ce "gras" ....  On parle de "gras pâturages" , de " grasses métairies", de " grasses récoltes" ...
Cela sent l'abondance, l'opulence, la richesse et donc, on peut le comprendre , le bonheur. Car c'est le contraire même des " vaches maigres" , de la famine, de la misère. C'est l'avenir de la famille, au sens élargi, qui est assuré. La famille et la domesticité. Le clan. Et cela rend "heureux". Une opulence que les augures annoncent parfois, augures que l'on qualifie alors de " laetum augurium" , et que l'on traduit par " gras augure" , autrement dit " heureux augure" ... De quoi dire tous ensemble sa joie, haut et fort ... de quoi mettre le peuple en liesse.

Isabelle

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Par Alice - Publié dans : A l'origine
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /2008 18:04

Envie … Si le mot envie aujourd’hui désigne un besoin ou un désir tout à fait légitime ( envie de revoir un ami), voire même naturel ( envie d’uriner), c’est qu’il a vu son sens s’affaiblir au cours des siècles. A l’origine, le mot était « fort »et «  négatif » puisqu’au  11ème siècle, il désignait encore couramment un sentiment d’hostilité et de haine ! Le mot envie ne vient-il pas  en effet du latin «  invidia » , dont le Gaffiot donne pour sens premier «  malveillance, hostilité, haine » et pour sens second celui de «  jalousie, envie ». On comprend alors pourquoi l’envie, comme je le disais précédemment est un des sept péchés capitaux !

 Saint Thomas d’Aquin établissant la somme de ces sept péchés , y définit l’ « envie » comme étant le refus de se réjouir du bonheur des autres.( 13ème siècle). En réalité, si l’on s’en tient à l’étymologie, c’est plus encore qu’un refus de se réjouir ! C’est « regarder » ce bonheur ( qui peut n’être que matériel ) d’un mauvais œil ! Et ce au sens propre ! Invidere(in+videre, voir), verbe sur lequel a été formé invidia, c’est proprement «  jeter le mauvais œil » ! De là invidere a pris le sens commun que nous connaissons encore aujourd’hui à envier, celui de désirer de ce qu’un autre possède, sens qui s’est affaibli en s’élargissant jusqu’à ne plus être n’importe quel « désir » comme celui de revoir l’être aimé ou de croquer dans une pomme, ou un « besoin » comme celui de pleurer ou de rire !

Remarquons que désormais  ce « désir de ce qu’est ou a l’autre » n’est plus  teinté de haine, de malveillance que dans un emploi péjoratif du mot (auquel est associé l’adjectif envieux). Aujourd’hui, l’envie est plutôt mêlée  d’admiration et d’estime.

Isabelle pour Mots-Passions

Par Alice - Publié dans : A l'origine
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /2008 17:53

La jalousie dit-on est un vilain défaut ! Pour sûr ! Et pourtant … elle ne figure pas dans la somme de St Thomas d’Aquin , qui ne la mentionne pas  comme péché  capital ! C’est l’envie qui y figure ! Et pour cause ! Ne pensez-vous pas que les fidèles à qui l’on prêchait un Dieu jaloux n’y auraient pas perdu leur latin ?

Et si je vous disais que zèle et jalousie cousinent, ne seriez-vous pas aussi un peu surpris ? Et pourtant … l’adjectif jaloux duquel est dérivé le nom jalousie est issu du bas latin zelosus, plein d’amour et de prévenance , lui-même issu du latin zelus ,lequel est emprunté au grec zélos !

Voilà qui est curieux, n’est-ce pas ? Et pour un peu, je sens que c’est vous  bientôt qui  allez y perdre votre français ! Alors voyons-y d’un peu plus près, en commençant … par le commencement !

Le grec zélos désigne un sentiment ou un état d’envie ! Mais de cette envie positive qui nous fait regarder l’autre avec une sorte d’admiration et qui fait qu’on aimerait au moins l’égaler. En aucun cas ce n’est  ce « mauvais œil» dont nous avons parlé pour le mot latin invidia. Le sens du mot est plus proche de « émulation, rivalité » d’où « ambition, ferveur…autrement dit, zèle ! C’est d’ailleurs parce que le mot jalousie avait perdu ce sens que l’on a fabriqué directement sur le grec ce mot savant de zèle !

Il est probable que c’est cette ferveur qui a perdu l’adjectif jaloux ! Car la ferveur n’est pas loin de l’ excès, et un attachement  excessif se fait exclusif .

Cette notion d’exclusivité est mise en évidence, mais sans aucun sens péjoratif, dans l’expression Dieu jaloux*<!--[endif]--> . Un Dieu qui veut être aimé et servi sans partage. Le Dieu qui guide Moïse et son peuple à travers le désert , qui se veut « unique » dans le  premier des dix commandements qu’Il lui donne sur le Sinaï alors même que son peuple adore le Veau d’Or.

L’amour humain, et même l’amitié, eux aussi ont eu leurs exigences , se faisant jaloux. Exclusifs. Et le cortège des mauvais sentiments associés à cette exigence ,le doute, la colère, l’inquiétude, ont fait des hommes , des femmes jalouxjaloux de … seulement :-P . Joli, non , pour un mot qui en bas latin signifiait encore «  plein d’amour et de prévenance » ?

Isabelle pour Mots-Passions


<!--[if !supportFootnotes]-->*Référence à la Bible, Exode 34,14

__._,_.___
Par Alice - Publié dans : A l'origine
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Dimanche 6 avril 2008 7 06 /04 /2008 14:11
Ne me demandez pas pourquoi, mais d'un coup, je pense à instruire ... Un juge instruit une affaire pour avoir des réponses à ses questions,
un professeur instruit ses élèves pour leur en donner. Non  ?
PM

Mon cher Pierre… et autres mots_passionnés

Que fait le juge d'instruction ? Il réunit des informations, des faits, des preuves, bref des matériaux. ... veillant à ce que personne n'obstrue son travail, et en espérant que l'avocat de l'inculpé ne détruira pas ce qu'il aura construit.
Car cette racine stru-, est commune tu l'auras compris à détruire, construire, instruire, obstruer.
Une racine qui  a le sens " d'empiler des matériaux".
Si je construis ces matériaux, je les arrange les uns avec ( con- du latin cum-)les autres, je les ordonne, les agence, les assemble, bref je bâtis.
Et quand je fais tomber de haut tous ces matériaux, je
détruis.
Quand je les emploie à construire devant, à boucher, j'obstrue ( ob-, devant).
Mais pour construire, ou détruire ce que l'on a construit, ou même obstruer, il me faut avant tout " empiler dans " ( in-, dans ) c'est à dire réunir les matériaux
Instruere avait en latin le sens de « assembler dans, dresser, munir, outiller », et ce sens a subsisté dans l'ancien français estruire, qui a ensuite été concurrencé par construire.
Quant à instruire, il a tôt fait de prendre un sens figuré. Car qu'est-ce donc qu'instruire si ce n'est munir quelqu'un de connaissances, assembler en lui tous les matériaux du savoir, outiller son raisonnement ? Et quand le juge "instruit", ne
recherche-t-il pas et ne rassemble-t-il pas documents, témoignages, interrogatoires, pièces à conviction, bref, tous les élément, tous les matériaux nécessaires  afin que l' affaire soit mise en état d'être jugée ?

Isabelle pour Mots-Passions

N. B. On rattache bien sûr à cette racine les mots structure et instrument.

Par Alice - Publié dans : A l'origine
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